A Poetic interlude with René Char

Le Marteau sans maître (1934)

Commune présence

Tu es pressé d’écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir,
Celle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d’elle, tout n’est qu’agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t’inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

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A poetic interlude with EE Cummings

up into the silence the green
silence with a white earth in it
you will(kiss me)go
out into the morning the young
morning with a warm world in it
(kiss me)you will go
on into the sunlight the fine
sunlight with a firm day in it
you will go(kiss me
down into your memory and
a memory and memory
i)kiss me(will go)

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Un interlude poétique avec Louis Aragon

La Rose et le Réséda (merci Princesse de Clèves)

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
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Je parle de toi: Une interlude avec Edmond Jabès

Je parle de toi
non de ma lampe d’ombre
de mon pas de lévrier
le vent dans le talon de l’or
le vent dehors dedans
l’on ne s’entend plus

Je parle de toi
Une foule répond
Des fourmis sans voix sans cris
Et pourtant
le silence tue comme la mort
le silence règne seul à naître

Je parle de toi
et tu n’es pas n’as jamais existé
Tu réponds à mes questions
L’araignée se heurte à l’haleine des monstres
à l’aiguille des robes pressées d’en finir
Le taureau incendie l’arène
où le roi mendie son royaume
Tache de sang socle de douleur

La plus haute ce n’est pas toi
Tous les fils de tes prunelles
noués au soleil
Le monde se dépouille
et la face de l’homme hurle au centre
rien que toi colonne de cendre aux bracelet de jade
et le turban des îles inconnues qui te coiffe

Je parle de toi
de tes seins à l’avant-garde des prairies
de l’eau claire de tes seins endormis
et des rives qu’elle noie

Je parle
du miroir de tes yeux secrets
toutes les sentinelles du désespoir
toutes les vrilles du versant embaumé
La rue se vide la ruée s’abîme

Je parle de qui je ne connais pas
de qui je ne connaîtrai jamais que les mots
pour toi poupées défigurées

Ici personne
Ibis du songe mort-né
papillon arraché au lierre

Personne
que le cuivre battu des ailes

Personne
que le givre du métal des peines

Personne
que l’empire des spectres inavoués
ombrelle de salive pour crapauds

Personne
que la nuit prisonnière se lamentant
sans cesse et crachant des loups

Personne
Et tu émerges doucement sûrement
comme le rocher aux cheveux de laine
comme l’oiseau au bec de plume
et la mer te lave

Personne
Je parle pour ta peau salée
pour le sommeil de ta peau brune
nuit dans la nuit
pour ta peau tatouée à l’infini

Personne
Rien qu’une planche de chair ivre
de sa frigidité que les vagues emportent
qui de nuque en nuque d’eau rude
voyage dans la mort

Personne
Rien que celle que tu rencontres
au passage et salues indifféremment

Je parle
pour les grappes d’yeux verts
collés aux fenêtres
pour la colline de poussière
que le vent pille

Personne
alentour
Rien qu’un nom
que le besoin contenu de te donner un nom
de vigne ou de lave

Rien que le croissant brûlant de quelques lettres
au dessus du monde

Du sang sur nos mains calleuses
du sang sur l’épaule du hibou
du sang sur les joues rondes du printemps
Rien
que l’harmonie du sang sur nos lèvres jointes

Je parle sans raison
dans les couloirs des maisons
hantées des cygnes
sur la terrasse harassée des palais
debout contre le temps

Cavaliers à l’antique broche d’épaves
sur vos monture de poudre sonore
Le cœur y est il bat fermement
dans l’aimée qui approche
Cavaliers des régions basses
déchirant d’un bond l’espace

Rien
que le jour aux raies d’orageuses semailles

Rien
que l’attrait du jour sur une ombre ensevelie

Rien
que ton sourire serpent de paille
que ton nom d’emprunt velours des cités

Au murmure
des lointaines cataractes
A l’appel pressant
des lys ensorcelés
poissons des toisons glauques

Rien
que la chute des meutes engendrées

Rien
que la chute du feu
sur une graine de cristal
La rose de fer frétille
dans le délire consumé
après nous après toi

Lucarnes c’est que l’on se connaît mal ou pas
La main nue est à l’épreuve
tendue comme pour se rendre
Le paysage est sans pudeur

Je parle
pour les premières cerises hagardes
pour les gares de cerfeuils au bout des naufrages
pour les images de plomb des danseuses fendues en deux

Je parle
pour l’orée des rames lourdes dans le corps

O je t’aime
fille de fontaine démente
sœur d’eau éclaboussée
ma soif nage sur mes veines
cruelle à force d’être à tes trousses
fidèle soif de forçat

Je parle pour le ruisseau au front de pierre
pour le cratère pour le hâle des monts
pour l’envie au costume de paon
pour ne plus te perdre mon amour

Je parle pour le plateau des oriflammes
pour la critique aux naseaux de brousse
tous les coquillages et tout le sable des nacelles
pour ne plus te perdre mon amour

Je parle pour l’églantine des pluies
pour le paratonnerre des saules
pour les pleurs des émigrées battues
pour ne plus te perdre mon amour

Je parle pour l’esplanade des ruches
pour le dortoir encombré d’aigles
pour la nappe de servitude grise
pour ne plus te perdre mon amour

pour ne plus te quitter mon amour
je parle je parle je parle pour la mouche
pour l’écorce des pins pour l’ardoise des algues
pour le vent dans la mer mon amour

pour le sel dans les narines mon amour
pour la tomate pour la boue filandreuse des mages
pour la girouette aux gaietés d’écharpe pour une page
blanche pour la durée du geste pour rien mon amour

Rien
que pour te distraire

Rien
que pour te plaire

Rien
que pour te clouer vive
à mes côtés

Rien que pour peupler ton souvenir
A cause de l’ombre qui monte de la terre
A cause du ciel qui se désespère
A cause de mon cœur mon amour
A cause de mes bras à cause de ma bouche

Rien
qu’une fois

Rien
qu’une seconde

A cause du vent
qui te hante

A cause du sang
qui t’agite

A cause du temps
qui te presse

O patiente attends
Le jour est à portée de nos doigts le soleil mord
A cause de mon amour à cause
du filet aveuglant de mon amour
jeté ce soir sur le monde

Extraits du livre des questions: A poetic interlude with Edmond Jabes

Je dois perdre l’habitude d’exercer ma pensée.
Un jour, je retrouverai ma plume, ma voix.
Saurai-je m’en servir?
La page blanche est page de patience.

Ombre gigantesque.
Ombre des ombres répandues sur le monde.
La nuit est une phalène dans la nuit des lampes.

Mes ancêtres m’ont rendu visite.
Je n’ai, avec eux, de commun
que la parole préservée dans les plis de la parole.

Chanson du dernier enfant juif: A poetic interlude with Edmond Jabes (some time between 1943-1945)

Mon père est pendu à l’étoile,
ma mère glisse avec le fleuve,
ma mère luit
mon père est sourd,
dans la nuit qui me renie,
dans le jour qui me détruit.
La pierre est légère.
Le pain ressemble à l’oiseau
et je le regarde voler.
Le sang est sur mes joues.
Mes dents cherchent une bouche moins vide
dans la terre ou dans l’eau,
dans le feu.
Le monde est rouge.
Toutes les grilles sont des lances.
Les cavaliers morts galopent toujours
dans mon sommeil et dans mes yeux.
Sur le corps ravagé du jardin perdu
fleurit une rose, fleurit une main
de rose que je ne serrerai plus.
Les cavaliers de la mort m’emportent.
Je suis né pour les aimer.

Song of the last Jewish child

My father hangs from the star,
my mother slides with the river,
my mother shines
my father is deaf,
in the night that denies me,
in the day that destroys me.
Stone is light
Bread resembles the bird
and I see him fly.
Blood is on my cheeks.
My teeth look for a less empty mouth
in the earth or in the water,
in the fire.
The world is red
All grids are lances.
Dead riders always gallop
in my sleep and in my eyes.
In the ravaged body of the lost garden
blooms a rose, blooms a hand
of rose that I will never squeeze again.
The riders of death take me.
I was born to love them.

(my translation)

The Written: A poetic interlude with Ali Bin Abi Taleb

ايها الكاتبُ ما تكْتبُ مكتوبٌ عليكَ

فاجعل المكتوبَ خيراً فهو مردودٌ إليك

الامام علي بن أبي طالب

Oh writer what you write is written upon you

So make the written a virtue as it is returned to you

Al Imam Ali Bin Abi Taleb (my translation)